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Un immense chantier attend Renault

Le successeur du directeur général débarqué vendredi doit rétablir la gouvernance, les finances et les liens avec Nissan.

Par  Antoine Landrot le 14/10/2019



Que ce soit Clotilde Delbos, nommée à titre intérimaire vendredi, ou la personne qui prendra définitivement le poste, le futur directeur général de Renault n’aura pas la tâche facile. Les chantiers auxquels il s’attellera recouvrent toutes les dimensions d’une entreprise : gouvernance, stratégie, finance et technologie.

Il devra mettre en pratique, avec le concours du conseil d’administration, une bonne gouvernance après le traumatisme de l’affaire Ghosn, relancer l’alliance avec Nissan et Mitsubishi en restaurant la confiance avec ses partenaires japonais, renforcer les finances de Renault, malmenées par la baisse du marché automobile mondial, positionner le groupe dans un contexte de concentration du secteur et s’assurer qu’il saisit les bonnes opportunités face aux tournants technologiques en cours (électrification du véhicule, voiture connectée, conduite autonome et inclusion du numérique dans les processus industriels et les relations avec les clients).

«Le nouveau souffle de l’alliance nécessite une nouvelle gouvernance, le nouveau souffle pour Renault nécessite un nouveau patron», a expliqué le président Jean-Dominique Senard, lors d’une conférence de presse, après la révocation de Thierry Bolloré. Ce nouveau patron aura pour mission d’«insuffler la capacité de respiration des équipes, le décloisonnement, la responsabilisation et l’autonomie», une façon indirecte de critiquer le mode de management de l’ancien directeur général.



Moins de verticalité

Une volonté du conseil d’administration de mettre en place chez Renault une organisation moins pyramidale - tranchant avec la verticalité très incarnée de Carlos Ghosn - se dessinerait-elle ? Le discours le laisse deviner. Mais quoi qu’il en soit, le futur directeur général aura peu d’emprise sur la gouvernance. Comme tout DG, il n’évolue que dans le cadre fixé par le conseil d’administration. «Si Nissan a réalisé un travail de fond sur sa gouvernance depuis l’arrestation de Carlos Ghosn, rien n’a changé chez Renault, avec notamment un Etat trop influent au regard de sa participation», remarque un spécialiste du secteur.

Le futur patron aura en revanche un rôle déterminant à jouer pour relancer l’alliance, ce qui passe en particulier par le rétablissement de la confiance avec Nissan, abîmée depuis les velléités de fusion de Carlos Ghosn et la faute à la fois politique et tactique commise par l’Etat français pour imposer les droits de vote double chez Renault. A ce titre, le départ de Thierry Bolloré peut être interprété comme une mesure de réciprocité après la démission de Hiroto Saikawa, le DG de Nissan et ancien bras droit de Carlos Ghosn - une causalité niée par Jean-Dominique Senard, qui a affirmé que le départ de Thierry Bolloré n’avait «pas de lien avec l’évolution de la gouvernance chez Nissan». Dans ce cas, le timing inattendu dans lequel Thierry Bolloré a été débarqué a peu de sens. «A moins que Renault nous annonce une mauvaise nouvelle à la publication de son chiffre d’affaires du troisième trimestre» le 25 octobre, s’interroge un analyste.

Si Jean-Dominique Senard a affirmé en conférence de presse que «la question de la performance financière de Renault» n’est pas entrée en ligne de compte dans le départ de Thierry Bolloré, il a admis que la nécessité de son «amélioration» ne faisait pas débat.



10 ans de dérives

Le nouveau patron aura en effet la lourde tâche de renforcer les finances du constructeur au losange qui, si elles ne sont pas catastrophiques, sont fragilisées à la fois par les mutations du secteur (qui exigent toujours plus d’investissements) et le ralentissement du marché automobile mondial.

En juillet dernier, Renault avait réduit sa prévision de chiffre d’affaires en 2019, anticipant une stagnation au lieu d’une progression. Le premier semestre a révélé les faiblesses de Renault en terme de marge opérationnelle et de trésorerie opérationnelle de l’activité automobile. «La capitalisation de la R&D a permis d’atténuer la pression du résultat opérationnel au cours des derniers trimestres, mais au détriment du free cash flow. Pour l’exercice 2019, il semble difficile pour Renault d’atteindre à la fois une marge à 6% et un free cash flow opérationnel automobile positif», estime Philippe Houchois, analyste chez Jefferies, pour qui Renault paye «dix ans de dérives après avoir redressé Nissan» dans les années 2000.

Les choix du groupe au losange vers les pays émergents et les petites voitures, à marges plus faibles, l’ont condamné à la volatilité de ses ventes (il subit actuellement la chute des marchés argentin et turc, tandis que ses activités russes tardent à décoller) et à des marges plus faibles. Les normes antipollution européennes qui pèseront sur les constructeurs en 2020 alimenteront cette contrainte. Ainsi, «Renault aura du mal à augmenter les prix des Dacia, étant donné son positionnement. Il risque de devoir sacrifier de la marge, alors que la marque est précisément le moteur de la rentabilité de Renault actuellement», illustre Philippe Houchois.

Quant à savoir si le futur directeur général de Renault aura aussi pour mission de renouer le dialogue avec Fiat Chrysler Automobiles après l’échec des négociations en juin dernier, Jean-Dominique Senard répond qu’un accord avec le constructeur italo-américain «n’est pas sur la table».

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