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La retraite de Russie de Renault constitue un mal nécessaire

En dépréciant totalement ses actifs russes, le constructeur se prépare à un abandon, déjà intégré par les investisseurs. Mais le groupe perdrait l’un de ses moteurs de profits

Par  Julien Marion, Agefi-Dow Jones le 28/03/2022



La pression était devenue trop forte pour que Renault maintienne le statu quo. Peu disert sur ses intentions en Russie depuis le début de la guerre en Ukraine, le constructeur automobile a ouvert, mercredi soir, la voie à une sortie du pays.

Pour autant, le marché ne s’émeut plus guère de ces annonces. A la Bourse de Paris, l’action du constructeur a cédé à peine 0,8% jeudi. «Le marché avait déjà tiré un trait sur les activités russes de Renault», résume un analyste parisien. «Dans le contexte actuel et au vu des pressions, se préparer à quitter la Russie ne peut nuire à la perception de l’action par les investisseurs», juge cet intermédiaire financier.

Stifel évaluait entre 4 euros et 5 euros par titre le poids de la Russie dans la valorisation de Renault. Or, depuis la mi-février, la valeur a perdu plus de 14 euros, soit plus de 33%.



Un «geste responsable»

Renault n’a pas encore acté son retrait de Russie. Le groupe a décidé de suspendre la production de son site de Moscou et d’«évaluer les options» concernant sa participation de 68% dans Avtovaz. Autrement dit, la société dirigée par Luca de Meo n’exclut pas de se séparer du constructeur russe, qui détient une part de marché de près de 21% dans le pays.

En conséquence, l’industriel français passera, au premier semestre, une lourde dépréciation comptable pour la totalité de la valeur de ses actifs russes, qui étaient valorisés 2,2 milliards d’euros à fin décembre. «Cette décision sous-entend que Renault se prépare à un abandon» de ces actifs, souligne Jean-Louis Sempé, analyste au sein d’Invest Securities.

Renault a fait ces annonces alors que la marque au losange avait été pointée du doigt par le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, puis par le chef de la diplomatie du pays, Dmytro Kouleba, qui avait appelé au boycott de Renault. Depuis, Dmytro Kouleba a salué les décisions du groupe, appréciant un «geste responsable».



Déplacer l’attention
vers les principales activités

Plusieurs analystes financiers jugent que ce virage sera positif pour l’action du constructeur. JPMorgan Cazenove considère qu’une sortie du pays lui permettrait de protéger sa génération de trésorerie et son bilan. «De plus, nous pensons que ce mouvement stratégique déplacera l’attention des investisseurs vers les activités principales de Renault, qui ont été largement restructurées au cours des dernières années et qui bénéficieront d’une forte dynamique de produits grâce à son excellente gamme et à ses lancements», développe la banque américaine.

Stifel abonde : couper les liens avec la Russie devrait «clairement soutenir la dynamique» de l’action à court terme. Le redressement de Renault pourrait prendre davantage de temps mais ne semble pas être remis en question, considère l’intermédiaire financier.



Interrogations sur la vente d’Avtovaz

Une sortie de la Russie peut donc constituer un «soulagement à court terme» et améliorer la perception du titre, mais elle ne se fera pas «sans conséquences», souligne Oddo BHF. «La Russie était un contributeur majeur aux résultats», explique l’intermédiaire financier. Sans ce pays, deuxième marché de Renault avec plus de 480.000 véhicules vendus en 2021, les ventes annuelles du groupe retombent aux alentours de 2,2 millions de véhicules. «Au-delà des volumes, les activités du constructeur en Russie étaient très rentables et le privent donc de son principal socle de profits alors qu’il est encore aux prémices du redressement», ajoute Oddo BHF. Sans la Russie, Renault renforce aussi son exposition à l’Europe, ce qui constitue un «point de fragilité», pointe également l’intermédiaire financier.

Par ailleurs, les modalités d’un retrait du pays soulèvent encore des interrogations. «L’idéal serait qu’ils puissent sortir d’Avtovaz en monétisant leur cession», explique un analyste basé à Londres.

Mais les options dont Renault dispose semblent limitées. «Vendre sa participation à un acheteur non russe s’avère certainement impossible, reste la possibilité de la céder au conglomérat russe Rostec», qui détient les 32% restants d’Avtovaz, explique Jean-Louis Sempé, d’Invest Securities. Or cette société, très présente dans l’industrie militaire, est dirigée par Sergueï Tchemezov, réputé proche du président russe, Vladimir Poutine. Ce qui pourrait compliquer les négociations. «Renault risque de vendre ses 68% dans Avtovaz à moindre prix voire à zéro. Une expropriation de la part du Kremlin ne doit pas être écartée», juge Jean-Louis Sempé. A présent féru de realpolitik, le marché en a bien conscience et estime qu’il s’agirait d’un moindre mal.

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